Ce sont les actions de terrain qui comptent

Thomas Peeters, co-coordinateur Coalition NAPAR

Bruxelles, 19 juillet – La Coalition NAPAR salue les mesures contre le racisme lancées par le gouvernement fédéral ce vendredi 15 juillet. Attendues de longue date, elles vont dans le bon sens. Moyennant l’affinement de certaines actions et l’ajout de mesures essentielles, elles ont le potentiel de faire la différence.

Intersectionnalité

Au niveau des principes généraux, l’intersectionnalité et les différentes formes de racisme sont prises en compte. La place de la société civile antiraciste comme partenaire dans la mise en œuvre, le monitoring et l’évaluation des actions semble assurée.

Quant aux actions, bien qu’il y ait beaucoup d’études, elles sont intéressantes à plus d’un titre. Ainsi, il est prévu de former le personnel de santé au racisme et aux soins sensibles à la diversité et d’étudier l’impact du racisme sur la santé mentale et physique. Les inspections de l’emploi devraient bénéficier de davantage de ressources pour effectuer des testings proactifs, sans attendre une plainte. Le gouvernement fédéral prévoit également un audit de la fonction publique en matière d’impartialité.

Préciser le budget

Cela dit, « sans budget ni indicateurs d’évaluation, il faudra voir ce qui va être fait concrètement. C’est prometteur sur papier mais on attend la mise en oeuvre », analyse Thomas Peeters, co-coordinateur de la Coalition NAPAR, dans Le Soir (18 juillet 2022).

Afin d’avoir l’impact souhaité, les mesures mériteraient d’être complétées. Par exemple, il faudra plus que des formations pour diminuer le racisme dans les politiques migratoires. Il s’agit d’arrêter la criminilalisation des migrant.e.s, en cessant l’expulsion et la déchéance de nationalité pour les migrant.e.s commettant un délit. La possibilité de demander un permis de travail à partir de la Belgique endiguerait l’exploitation des travailleurs sans titre de séjour.

Une expérience pilote pour les signes convictionnels

Pour ce qui est de la police, nous saluons l’attention portée au profilage professionel (le fait de contrôler sur base de critères objectifs et non discriminants). Cependant, il faut aller plus loin. La remise d’un récépissé comme preuve de contrôle permettrait aux personnes contrôlées de manière aléatoire de le prouver. L’enregistrement des contrôles de police, une politique de tolérance zéro pour le racisme de la part d’agents de police et des magistrats ainsi que des mesures contre les violences policières devraient compléter le dispositif. 

De plus, pourquoi ne pas mener un projet pilote et permettre, pendant quatre ans, aux fonctionnaires de porter des signes convictionnels? L’audit précité concernant l’impartialité de tou.t.es les fonctionnaires permettrait d’objectiver les choses: combien de problèmes de partialité se posent dans les faits et ne peuvent pas être résolus d’une autre manière que par une interdiction de signes convictionnels? Quel est l’impact de la permission sur l’atteinte des objectifs chiffrés en matière de diversité (une autre mesure du plan que la Coalition NAPAR soutient)?

Plan interfédéral: parlons du contenu

Et le plan interfédéral? Un deuxième article dans Le Soir semble indiquer qu’il faudra encore attendre longtemps.

Thomas Peeters: « De part et d’autre du pays, les politiques ne semblent pas se rendre compte des enjeux pour les personnes impactées par le racisme. Comment expliquer, sinon, que depuis un an, les gouvernements francophones et flamand n’arrivent pas à se mettre d’accord, non pas pour des raisons de contenu, mais de forme? Nous, ce qui nous intéresse, c’est le contenu du plan: quelles actions seront menées concrètement sur le terrain? Les personnes racisées n’ont que faire de l’endroit où les actions (communes) se trouveront sur papier – dans des annexes ou dans une partie commune. Nous invitons toutes les parties autour de la table au pragmatisme. Parlons de contenu. »

La législature est déjà bien avancée. Le peu de temps qu’il nous reste, n’est pas à perdre.