Nouveau plan d’action de lutte contre le racisme | Et si nous luttions contre le racisme par intérêt ?

Bruxelles, 14 septembre 2026 – Le 7 septembre dernier, exactement 25 ans après s’y être engagés lors de la conférence de Durban, le gouvernement fédéral et les différentes entités fédérées ont enfin lancé le tout premier plan d’action interfédéral contre le racisme. Ou, plus précisément, un cadre interfédéral qui doit encore être complété. Il est trop tôt pour déterminer s’il produira réellement des effets sur le terrain. À ce stade, il apparaît toutefois peu ambitieux.
La Coalition NAPAR, qui rassemble plus de 65 organisations de la société civile belge, a été créée en 2018 afin d’encourager les décideurs politiques à élaborer des mesures ambitieuses, cohérentes et durables contre le racisme. Avec Unia et les instances internationales, nous avons contribué à inscrire le plan d’action national à l’agenda politique.
Un plan qui reflète le tabou du racisme
Le fait qu’il ait fallu attendre 25 ans pour obtenir ce plan, et que celui-ci manque d’ambition, illustre la faiblesse persistante du consensus politique autour de la lutte contre le racisme. À ce jour, le plan ne comprend que quatre mesures transversales prudentes que l’ensemble des gouvernements mettront en œuvre, ainsi qu’une contribution flamande limitée.
Les quatre mesures transversales — amélioration de la collecte de données, clarification des canaux de signalement du racisme et des possibilités de financement du secteur associatif, centralisation de la législation — constituent davantage des étapes préparatoires que de véritables actions. Elles peuvent améliorer l’action publique, mais si les données ne sont pas exploitées, si les signalements restent sans suite ou si les budgets sont insuffisants, les changements concrets seront limités.
La contribution flamande rassemble principalement des politiques déjà existantes. La Flandre annonce certes quelques mesures intéressantes, comme des tests de situation sur le marché du travail ou des formations destinées aux témoins de faits racistes. Mais cela reste insuffisant pour faire réellement reculer le racisme.
Le fait que les tests de situation ne puissent donner lieu à des sanctions et ne puissent être « culpabilisants » en est un bon exemple. Comment évoluerait la sécurité routière si, après un excès de vitesse, nous recevions simplement une lettre nous informant que nous avons roulé trop vite, sans amende, ni cette fois-ci ni la suivante ?
Lutter contre le racisme : une question de bon sens
Si l’on analyse de manière lucide et pragmatique les conséquences du racisme pour la société, ce manque d’ambition est difficilement défendable. Sur le plan moral, le racisme est suffisamment grave pour justifier la priorité qui doit lui être accordée. Mais même indépendamment de toute considération morale, les raisons de lutter contre le racisme ne manquent pas.
Comment atteindre un taux d’emploi de 80 % si une partie de la population qui affiche précisément un faible taux d’emploi continue d’être confrontée au racisme dans sa recherche d’emploi ou sur son lieu de travail ? Comment réduire la pression sur la sécurité sociale si, parallèlement, le racisme continue de nuire à la santé de celles et ceux qui en sont victimes ?
La lutte contre le racisme fait aussi partie de la réponse à la pénurie de personnel dans plusieurs secteurs — l’enseignement, le système pénitentiaire, les soins. De nombreuses personnes témoignent qu’il n’est pas aisé d’y travailler en tant que membre d’une minorité lorsque la norme dominante tient peu compte de la diversité ou lorsque l’on est confronté à des microagressions, des plaisanteries racistes ou des comportements plus graves.
Dans ce contexte, lutter contre le racisme relève aussi de la bonne gouvernance et de l’intérêt général. Ces mesures sont indispensables à la réalisation de plusieurs objectifs politiques majeurs.
Onze propositions qui changeraient la donne
Encore faut-il que les mesures soient correctement coordonnées et qu’elles reflètent le niveau d’ambition requis. Pour la Coalition NAPAR, la contribution flamande actuelle et les quatre mesures transversales ne peuvent constituer la référence sur laquelle les autres gouvernements devraient s’appuyer. Il faudra faire preuve de davantage de détermination.
Les propositions concrètes de la société civile ne manquent pas. À l’occasion du lancement du plan d’action interfédéral, nous avons réuni sur notre site, aux côtés de nos analyses des précédents plans d’action régionaux et fédéral et du plan actuel, 11 mesures essentielles qui s’attaquent aux mécanismes perpétuant le racisme.
Ces priorités figurent dans un mémorandum que nous soumettons aux responsables politiques depuis plusieurs années. Très peu d’entre elles ont jusqu’ici été reprises par les différents gouvernements belges.
Outre des tests de situation réalisés sans attendre le dépôt de plaintes et assortis de sanctions, nous invitons les pouvoirs publics à lutter contre le profilage ethnique, à encourager l’enseignement à élaborer des plans de prévention du racisme et à former le personnel soignant aux effets du racisme sur la santé mentale et physique. Des mesures sont également nécessaires en matière d’intelligence artificielle et d’accès au droit de vote pour les personnes qui ne possèdent pas la nationalité belge.
En l’absence de telles mesures, le plan risque, au mieux, de n’avoir qu’un impact marginal et symbolique et, au pire, de ralentir la lutte contre le racisme. La sensibilisation, la recherche et les mesures symboliques peuvent donner l’impression qu’une action concrète est menée alors que les mécanismes qui perpétuent le racisme demeurent inchangés.
Passer du symbole à l’action
Après 25 années d’attente, la Belgique n’a besoin ni d’un plan fondé sur de bonnes intentions ni d’un dispositif visant principalement à satisfaire aux obligations internationales. Elle a besoin d’un plan produisant des effets réels et mesurables.
Cela suppose des actions concrètes, des budgets, des indicateurs clairs et, surtout, un suivi rigoureux de leur mise en œuvre.
Il faut dans tous les cas éviter de reproduire les erreurs de la législature précédente. Les différents plans d’action contre le racisme lancés par les entités fédérées n’ont été que partiellement mis en œuvre, sans évaluation claire de leur impact sur le terrain.
C’est aussi ce qui rend préoccupant le manque d’ambition du plan actuel : rien ne garantit que les quelques mesures intéressantes qu’il contient seront effectivement mises en œuvre. Pourtant, l’actualité récente ne cesse de nous rappeler que, face au racisme, l’heure n’est pas aux demi-mesures.
La Belgique doit désormais passer des intentions aux actes. Seul un plan ambitieux, doté de moyens suffisants, permettra de faire reculer durablement le racisme.
