Gouvernement fédéral | Analyse de l’accord de gouvernement 2025-29
Résumé de l’analyse
L’accord de majorité du gouvernement fédéral belge affiche une ambition forte en matière d’emploi et d’assainissement budgétaire, mais reste flou sur la lutte contre les discriminations. Or, celles-ci constituent un obstacle majeur à la réalisation des objectifs socio-économiques et de santé publique du gouvernement. Lutter efficacement contre le racisme, le sexisme et les autres formes de discrimination est essentiel pour améliorer l’accès à l’emploi, réduire la pression sur la sécurité sociale et garantir l’égalité des chances.
Un plan d’action interfédéral, mais avec quel contenu?
Le gouvernement s’engage à élaborer un plan d’action interfédéral en concertation avec la société civile. Toutefois, presqu’aucune autre mesure fédérale précise de lutte contre le racisme n’est annoncée, et la réduction du financement d’Unia (-25 %) semble contradictoire avec cette ambition.
La précédente tentative de plan d’action interfédéral (2020-2024) a échoué, notamment en raison de divergences méthodologiques. La Coalition NAPAR identifie plusieurs priorités pour éviter un nouvel échec:
- Restaurer la confiance après l’échec des négociations précédentes.
- Élaborer une méthodologie flexible permettant autonomie et cohérence entre niveaux de pouvoir (Lire la proposition de méthodologie détaillée).
- Accorder une priorité politique réelle à ce dossier.
Deux opportunités existent : la présence des mêmes partis dans plusieurs gouvernements (coalitions miroir) et la possibilité de capitaliser sur les travaux préparatoires de la législature précédente.
Méthodologie pour un plan efficace
Pour réussir, le plan d’action interfédéral gagne à être développé selon les principes suivants:
- La prise en compte du travail préparatoire effectué lors de la législature précédente.
- Un déploiement rapide, tout en poursuivant les actions en cours.
- Une approche pragmatique, combinant autonomie des gouvernements et coordination interfédérale régulière.
- Des indicateurs clairs et un suivi rigoureux pour évaluer l’impact des actions.
- L’implication active de la société civile et des personnes impactées par le racisme, avec un processus participatif réel.
Des actions possibles dès maintenant
Plutôt que d’attendre la mise en place du plan d’action interfédéral, le gouvernement fédéral pourrait déjà agir dans ses compétences :
- Renforcer la lutte contre la discrimination à l’embauche via des tests de situation et des sanctions.
- Montrer l’exemple comme employeur, en menant des actions positives, un audit des procédures de recrutement et en incorporant les signes convictionnels dans l’uniforme des fonctionnaires.
- Améliorer le bien-être au travail, notamment en prévenant les agressions racistes ou sexistes.
- Garantir un accès égal aux soins de santé, en réduisant les barrières structurelles
- Lutter contre le profilage ethnique, en impliquant davantage la société civile dans l’élaboration des directives pour les contrôles.
- Créer des mécanismes de coordination additionnels pour d’autres formes de racisme que celui qui existe pour l’antisémitisme.
Plan d’action interfédéral: tirer les enseignements des plans existants
Depuis 2022, plusieurs gouvernements ont lancé des plans d’action indépendants. Leur évaluation met en évidence plusieurs lacunes et axes d’amélioration:
- Un manque de prise en compte de l’apport de la société civile.
- Une méthodologie incomplète, sauf
- pour le plan bruxellois, qui inclut des indicateurs, budgets et partenaires (Lire l’analyse détaillée des plans d’action existants).
- Des mesures souvent peu ambitieuses, axées davantage sur le dialogue interculturel que sur la lutte contre le racisme structurel.
- Un suivi opaque et insuffisant, avec peu d’évaluations, une implication limitée ou inexistante de la société civile et un manque de transparence sur les budgets et réalisations.
- Peu d’actions effectuées.
Alors que la société civile doit se soumettre à des exigences strictes pour obtenir des financements, les gouvernements ne s’appliquent pas ces mêmes standards en matière d’évaluation de leurs propres politiques.
Conclusion
Lutter efficacement contre le racisme nécessite un engagement politique fort, des actions concrètes et une méthodologie rigoureuse pour le plan d’action interfédéral.
L’implication de la société civile, un suivi transparent des mesures et une méthodologie participative sont essentiels pour éviter un nouvel échec du plan d’action et garantir un réel impact sur le terrain.

